Prévention des risques de diarrhée des veaux

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Les diarrhées néonatales sont les pathologies dominantes chez les veaux du troupeau allaitant.

Elles peuvent rapidement devenir un fléau au sein de l’élevage et avoir des incidences économiques très importantes dues à des retards de croissance difficiles à rattraper et aux soins que demandent les veaux malades, qui n’évitent pas toujours la mortalité.

Cependant, certaines mesures préventives permettent de limiter de façon importante l’apparition des diarrhées et donc les pertes économiques.

Les facteurs de risque d’apparition des diarrhées

Les facteurs de risque d’apparition des diarrhées

La prévention des risques de diarrhée se gère à différents niveaux.

Le colostrum, premier remède de l’élevage !

Chez la vache, on réserve le nom de colostrum au lait issu de la première traite. Celui récolté ensuite jusqu'au quatrième jour est un lait de transition dont la composition se rapproche progressivement de celle du lait entier.

Il est avant tout une source de nutriments, de vitamines et d’oligo-éléments. Il apporte aussi beaucoup d’anticorps (immunoglobulines) spécifiques, indispensables au veau dès les premières heures de vie. En effet, le veau naît sans aucune défense immunitaire : il n’y a pas de transfert immunitaire de la mère au veau pendant la gestation.

Les immunoglobulines ne passent pas à travers le placenta. Le colostrum apporte également des défenses non spécifiques : substances détruisant les bactéries ou fixant le fer dont elles ont besoin pour se multiplier, le rendant ainsi indisponible. Le veau doit boire suffisamment de colostrum le plus tôt possible après sa naissance.

Le veau doit boire du colostrum de bonne qualité et en quantité suffisante. La quantité adéquate est, en moyenne, de 4 à 5 litres dans les premières heures de vie, ou, plus précisément, 10% du poids du veau dans les 10 heures suivant le vêlage, dont la moitié dans les 6 premières heures (ex : 1 veau de 50 kg doit boire 5 litres). Les immunoglobulines sont absorbées par le tube digestif du veau et vont pénétrer dans son organisme pendant les 12 premières heures de vie seulement. La richesse du colostrum en immunoglobulines est déterminante. A quantité de colostrum égale, plus il est riche et plus le veau reçoit d’immunoglobulines. C’est dans ce délai court que le veau doit recevoir la quantité nécessaire d’immunoglobulines.

Un très bon colostrum contient plus de 100g d’immunoglobulines/litre. Deux solutions sont disponibles pour vérifier la qualité du colostrum :

  • Le pèse-colostrum permet d’estimer sa qualité. Son utilisation est simple : le plonger doucement dans le colostrum et le laisser descendre pendant environ une minute. Plus le flotteur s’enfonce, moins la qualité du colostrum est bonne.
  • Le dosage d’anticorps dans le sang du veau entre 2 et 6 jours, après la naissance. L’objectif est d’obtenir entre 80 et 90% des veaux avec une concentration en protéines sériques supérieure à 50 g/l. Au-delà de 55 g/l, la protection est qualifiée de très bonne.

L’éleveur doit constituer sa propre « banque de colostrum ».

Il faut prévoir de stocker du bon colostrum : réfrigéré à 4°C (1 mois maximum) ou congelé (1 an maximum). La décongélation doit se faire lentement au bain-marie à 60°C pour ne pas endommager les immunoglobulines. Ne surtout pas utiliser de micro-ondes. La pasteurisation du colostrum est possible (60 min à 60°C). Elle permet de conserver les immunoglobulines tout en abaissant très fortement la charge bactérienne. L’absorption des immunoglobulines en est également améliorée.

Des vaches en bonne état, en parfaite santé

Des mères bien nourries. La qualité du colostrum varie en fonction du régime alimentaire de la mère (équilibre), de son rang de lactation (à partir de la 3ème lactation le colostrum est de meilleure qualité), de la durée du tarissement (au moins 60 à 90 jours), et de son exposition aux agents pathogènes. Pour avoir des mères en bonne santé, vêlant facilement et donc produisant un bon colostrum, elles doivent consommer une alimentation équilibrée en énergie, azote, minéraux, oligo-éléments et vitamines. L’objectif est d’obtenir une note d’état corporel de 2,5 à 3 au vêlage leur permettant d’accumuler suffisamment de réserves sans être trop grasses au vêlage. Les veaux qui ont des difficultés à naître sont plus sujets aux diarrhées que les autres. Il est nécessaire de surveiller l’apport en sel, minéraux (calcium, phosphore et magnésium), oligo-éléments (sélénium, cuivre, zinc …) et vitamines (A, D, E).

Le parasitisme est également à surveiller et à contrôler, en particulier l’infestation des vaches gestantes par la grande douve, pour assurer une bonne qualité du colostrum. Les mamelles des vaches doivent être propres car même un colostrum de bonne qualité récolté dans des conditions de propreté insuffisantes perd de son efficacité.

La vaccination des vaches : une solution dans l’élevage où les diarrhées sont récurrentes.

La vaccination des mères en fin de gestation (7ème à 8ème mois de gestation) transmet, durant quelques semaines, une immunité passive au jeune veau au travers du colostrum, en attendant que son propre système immunitaire soit fonctionnel.

La vaccination est d'autant plus bénéfique qu’elle concerne des germes contre lesquels il n'existe aucun traitement spécifique (rotavirus et coronavirus). Elle sera d'autant plus efficace qu’elle aura été raisonnée avant la période à risque.

La vaccination en urgence ne peut tout résoudre notamment si de nombreux veaux ont déjà été malades, la pression microbienne du bâtiment et des congénères pouvant dépasser les capacités protectrices d'un vaccin.

Conduite d’élevage au vêlage et logement du nouveau-né.

L’hygiène générale et la conduite d’élevage.

La désinfection, la dératisation, le vide sanitaire des cases à veau et la séparation des classes d’âges sont des points essentiels de la prévention. Un point d’eau et un pédiluve à l’entrée du bâtiment permettent à l’éleveur, au vétérinaire et aux visiteurs de laver et désinfecter leurs bottes avant d’y pénétrer et après en être sortis.

Au vêlage

La présence d’un box réservé au vêlage, qui ne sert pas à isoler les malades, est recommandée. C’est le moyen de limiter au maximum l’exposition du veau aux germes pathogènes pendant les premières heures de sa vie. Le nettoyage et la désinfection de celui-ci doivent être les plus fréquents possibles, l’idéal étant après chaque vêlage. L’hygiène au vêlage doit être la meilleure possible (désinfection des bras de l’opérateur et de la vulve de la vache, utilisation de gants de fouille, matériel propre). L’objectif est d’obtenir des mamelles propres, notamment avec une litière suffisante et suffisamment portante. Le nettoyage de la mamelle avant la première tétée, quand il est possible, améliore la qualité du colostrum en diminuant la contamination bactérienne.

Logement des veaux

Il faut prévoir un box à veau, où les mères n’ont pas accès. Plus les veaux y passent de temps, moins ils sont exposés aux contaminations venant de leurs mères.

Privilégier la conduite en lots de veaux d’âges homogènes.

Pour éviter la prolifération des bactéries pathogènes, la température de la litière ne devrait pas excéder 36°C (La contrôler en plusieurs points, à 10 cm de profondeur, avec un thermomètre médical ordinaire). La température de confort du veau (entre 8 et 22 °C) est plus élevée que celle de l’adulte. Il faut lui éviter les températures négatives et les « coups de chaleur ».

Le volume et le renouvellement d’air doivent être suffisants pour éviter l’humidité, tout en éviter les courants d’air. La vitesse de l’air ne devrait pas excéder 0,5 m/s : utilisation de filets brise vent, de bardage ajouré ou le principe de box à veaux avec plafond rebaissé.

Après la mise à l’herbe, le nettoyage à l’eau chaude sous pression et désinfection de toute la stabulation, des sols et murs jusqu’à 2 m de hauteur doit être réalisé, avec un produit actif en présence de matière organique.

Prévoir un vide sanitaire de plusieurs semaines avant l’introduction de nouveaux animaux.

Patrick CARTOUX
Conseiller spécialisé viande bovine - Chambre d’agriculture de l’Orne Pour l’équipe du Réseau d’Elevage viande bovine de Normandie

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